SAINT-PAUL-EN-FORÊT

Extrait de l'ouvrage "St.Paul-en-Forêt" par Célestin ARNAUD de la Société d'Études Scientifiques et Archéologiques de Draguignan, publié par l'imprimerie Cruvès en 1931

Pour l'histoire plus récente de notre village, vous pouvez aussi consulter l'intégrale des bulletins municipaux, "l'Echo du Clocher", en cliquant ici.

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Fontaine, place de l'église

Le village de Saint-Paul-en-Forêt fait partie du canton de Fayence, arrondissement de Draguignan, département du Var. Au moyen âge, il s’appela Sanctus-Paulus-de-Gallina-Grassa, Saint-Paul-­de-la-Galline-Grasse ; dans les temps modernes, Saint-Paul-de-Fayence, enfin, en 1918, sur une proposition du maire, M. Camatte, et après approbation du Conseil Général[1], il prit le nom de Saint-Paul-en-Forêt, nom qui lui convient le mieux aujourd’hui : entouré de bois de tous côtés, il est comme installé dans une clairière forestière.

C’est une petite commune au double point de vue de son territoire, qui ne couvre que 2.026 hectares, et de sa population, qui ne compte plus que 197 habitants d’après le recensement de 1931. Si sa superficie est au-dessus de la superficie moyenne des communes françaises, laquelle est de 1.450 hectares, sa population est bien au-dessous, la moyenne, dans les communes rurales, étant d’environ 650 personnes.

Le village est situé au centre d’un vaste cirque encadré, au nord, par des hauteurs que commande le Mont Lachens (1.713 m.) et, au sud, par les derniers contreforts de l’Estérel, prolongés à l’ouest par la chaîne porphyrique du Défens et par celle du Rouet.

HISTORIQUE

Les premiers habitants de la région que nous ont fait connaître les auteurs anciens, grecs ou latins, appartenaient à la tribu ligure des Ligaunes ou lngaunes. Mais ces Ligaunes avaient été précèdes par des peuplades préhistoriques. Ce sont elles qui édifièrent pro­bablement les camps retranchés dont les vestiges se voient encore, tout autour de Saint-Paul, dans les territoires de Seillans, de Fayence, de Callian, de Bagnols, enfin au Rouet : postes de refuge et de défense où les habitants se retiraient en cas de danger.

A Saint-Paul-en-Forêt, on a trouvé des haches de l’âge néolithique, et, dans son voisinage, sur le plateau de la Verrerie-Vieille, on a découvert un tombeau dolménique[2]. La chambre sépulcrale est composée de gros blocs gréseux, certainement extraits, à deux cents mètres de là, du territoire même de Saint-Paul-en-Forêt.

Ce sont les descendants directs de ces hommes de la préhistoire que les Romains trouvèrent dans notre région quand ils entrèrent en Gaule. Maîtres de notre pays après les victoires de César, ils fondèrent Forum Julii (Fréjus), sous I’empereur Auguste, au début de notre ère. Peu à peu, les patriciens de cette ville prirent, en été, l’habitude de fuir les émanations malsaines de l’Argens et de passer la saison chaude dans les montagnes voisines. Il n’est pas douteux qu’ils acquirent des domaines aux environs de notre village, qu’ils y bâtirent des maisons de campagne, villæ rusticæ. Des témoins sont encore là pour en fournir la preuve. On trouve, épars sur le sol, de nombreux débris de tuiles funéraires sur le revers oriental de la colline de Penconillier, à Rémégier, sur le plateau de Peymeyan et principalement sur le culmen de Maugarié à deux cents mètres du village[3].

Les Romains inhumaient leurs morts le long des grandes voies, à l’entour des grandes villes ; mais, dans les campagnes, les patri­ciens édifiaient d’ordinaire les tombeaux dans leurs domaines. Jus­tement, à Maugarié, on voit encore des substructions avec pierres de moyen appareil qui ont tous les caractères de murs romains.

C’est là que les fragments de tuileaux à rebords sont les plus abondants. Garcin dit : « On trouve à Saint-Paul des morceaux de tuiles dites sarrasines. Ce sont des briques plates et longues ayant les deux extrémités recourbées. Elles sont marquées au revers de plusieurs lettres initiales ou d’un nom entier qui doit être celui du fabricant »[4].

De la chute de l’empire romain jusqu’aux environs de I’an 1000, aucun indice, construction, monument ou écrit - du moins à notre connaissance - ne permet de dire positivement ce qui put se passer dans le coin de terre qui nous occupe. Il est probable que le pays eut à souffrir des incursions barbares, surtout à subir les dégradations des Arabes incendiaires et pillards qui anéantissaient tout ce qu’ils ne pouvaient emporter[5].

Place de l'église

Une charte, tirée du cartulaire des îles de Lérins, à la vérité sans date précise[6], vient cependant confirmer l’existence le notre village dans la première moitié du Xl° siècle. Elle contient :

1/ la donation faite par les héritiers le Guillaume III, comte de Provence[7], de toutes les terres qu’ils possédaient à Saint-Paul,

2/ la consécration de l’église du hameau par Gaucelme, évêque de Fréjus[8].

Comme une agglomération rurale ne se crée guère tout d’une pièce, il faut bien admettre que notre village est antérieur à l’an 1000. Avant cette date, il dut s’appeler « La Galline Grasse » tout court. On sait qu’au Xl° siècle, après la terreur de l’année fatidique, l’usage se répandit de placer les agglomérations urbaines et rurales sous le patronage d’un saint. Ici les deux premiers termes précédèrent le toponyme primitif et l’on obtint « Sanctus-Paulus-de-la-Gallina-Grassa », Saint-Paul-de-la-Galline-Grasse.

Il est probable que cette appellation fut usitée pendant tout le moyen âge. Dans le cartulaire des îles de Lérins, deux chartes, l’une du Xl° siècle et l’autre du XII° siècle, et deux parchemins originaux, conservés à la mairie de Saint-Paul, datant I’un de 1310 et l’autre de 1313, C’est à dire du début du XIV° siècle, portent encore le topo­nyme Sanctus-Paulus-de-Gallina-Grassa.

On a cru, et des auteurs l’ont écrit, que le village dépendit d’abord de la seigneurie de Callian, qui fut très importante au moyen âge. Dans la charte du Xl° siècle, dont nous avons parlé ci-dessus, on lit ceci : « …in territorio Sancti Pauli qui est situs in fines Calidiani… ». Cette partie de phrase a été traduite : « dans le territoire de Saint-Paul qui est situé dans le finage de Callian ».C’est ainsi que l’ont entendu quelques auteurs, entre autres l’abbé H. Espitalier et Garcin[9].

Notre village vit passer en 1391 les terribles bandes du vicomte Raymond de Turenne qui détruisirent Callian et Bagnols de fond en comble. Toutefois Saint-Paul et Fayence accrurent leur population. Epargnés par les routiers pillards et incendiaires, ils donnèrent asile à leurs voisins malheureux.

Il faut se faire une mentalité du moyen âge pour saisir toute l’importance que conférait au hameau la fondation d’une église. Elle répondait, à cette époque, « à l’un des besoins les plus relevés de la vie collective »[10]. L’église était la grande consolatrice des pauvres serfs attachés à la glèbe, supportant tout le poids d’une organisation sociale où le fort opprimait le faible. D’ailleurs, tout le monde réclamait les secours spirituels. On sait que dans nos anciens pagi de France, l’église a toujours précédé l’hôtel de ville, et la paroisse, précédé la commune. Notre hameau devint-il une paroisse ? C’est à dire posséda-t-il ce minimum d’indépendance que la construction d’une église conférait, pendant le moyen âge, à une agglomération rurale ? Non, Saint-Paul ne fut qu’une chapellenie ou vicairie, succursale de Fayence. C’est probablement à cette époque, qu’on prit l’habitude de l’appeler Saint-Paul-de-Fayence. Le service du culte fut assuré par un « secondaire » qui venait - mais assez irrégulièrement – dire la messe dans la modeste chapelle du hameau. Il est à peu près certain que les habitants furent souvent obligés d’aller à Fayence pour remplir leurs devoirs religieux. L’éloignement du chef-lieu communal devait les gêner beaucoup surtout dans les temps modernes, lorsque, à la suite de l’ordonnance de Villers-Cotterêts, l’habitude fut prise d’inscrire, sur Ies registres paroissiaux, les naissances, les mariages et les décès, habitude rendue obligatoire par les édits royaux ultérieurs et principalement par l’édit de mars 1691.

Il dut y avoir des demandes, des plaintes, des réclamations pressantes. Le 7 février 1632, l’évêque Barthélemy Camelin[11] fonda un couvent des Minimes à côté de la chapelle de Notre-Dame-des-Cyprès à Fayence, avec charge, pour les moines, d’envoyer un des leurs dire la messe à Saint-Paul tous les dimanches et jours de fête. Pierre Camelin, son neveu et successeur sur le siège épiscopal de Fréjus, entretint de ses propres deniers, probablement sur la plainte des Minimes, un desservant dans le hameau de Saint-Paul[12]. Les offices religieux étaient célébrés dans la chapelle de Saint-Joseph, démolie en 1885, lors de l’élargissement de la rue pour le passage de la route de Draguignan. Ce desservant ne dut pas être soumis à la résidence parce qu’il n’y a pas de registre de catholicité à Saint-Paul avant 1699. Toutefois, ceci ne prouve rien, car il faudrait savoir à quelle date précise l’inscription des naissances, mariages et décès fut rendue obligatoire pour tout le monde. Quoi qu’il en soit, les habitants supportaient difficilement cette sorte de vasselage qui les tenait sous la dépendance de Fayence au triple point de vue religieux, civil et communal. Nous ne connaissons pas - faute de documents - toutes les phases de la lutte qu’ils entreprirent pour sortir de tutelle, avant le XVIII° siècle. D’après ses caractères, on peut la diviser, au XVIII° siècle et au commencement du XIX°, en trois phases :

1° : Transformation de la chapellenie en paroisse ;

2° : Droit reconnu aux habitants de gérer les intérêts particuliers de leur hameau ;

3° : Erection du hameau en commune distincte.

Sur le premier point, ils n’obtinrent qu’une demi-satisfaction : l’autorité diocésaine ne voulut pas créer une paroisse à Saint-Paul où l’évêque était décimateur; car il aurait été tenu d’abord de constituer un patrimoine ad titulum patrimonii, c’est-à-dire de doter la cure d’un fonds de terre, ensuite de fournir au prêtre la « portion congrue » et une habitation convenable[13]. Ce furent les habitants eux-mêmes qui se chargèrent de ces soins. Le village restait une Chapellenie.

Voici comment l‘ecclésiastique qui fut nommé libella la première page du registre de catholicité qu’il eut à tenir :

Je soussigné, prestre amovible et entretenu par les habitants de Saint-Pol-les-Fayence y fesant les fonctions curialles pour satis­faire à l’édit du Roy de mars 1691, déclare que tous les actes de batème, mariage et sépulture que j‘ai faict audit ameau Saint-Pol en la dite callité, depuis le 3 mars 1699, sont compris au présent folio estant la minutte entre les mains des marguilliers dudit Saint-Pol. Latil, prestre. »[14].

L’édit de mars 1691 complétait l’ordonnance de Villers-Cotterêts. Il dut imposer à tout le monde l’obligation de faire consigner sur les registres paroissiaux les naissances, mariages et décès. Les habi­tants de Saint-Paul furent donc contraints d’aller à Fayence pour accomplir les cérémonies que ces actes comportaient. Cette obliga­tion hâta par conséquent la demande d’un prêtre pour desservir le hameau, prêtre amovible que les habitants entretinrent de leurs propres deniers. Des lors, ils trouvèrent sur place les secours religieux qu’ils désiraient, et ils n’eurent plus « à faire une lieue »[15] pour I ‘enregistrement des actes de catholicité. Ils souhaitaient davan­tage. En 1737, un prêtre, qui appartenait à une famille bourgeoise du hameau, Gaspard Mireur, réussit à obtenir, du vice-légat du pape à Avignon, la création d’une cure à Saint-PauI. L’évêque d’alors, Pierre-Joseph de Castellane, intervint. L’affaire fut portée devant le lieutenant de la maréchaussée à Draguignan et l’abbé Mireur n’obtint pas le forma dignum. Pour vice de forme, le Parlement d’Aix cassa le pouvoir que conférait au prêtre Mireur la bulle d’investi­ture. Le statu quo ante fut maintenu.

Neuf ans après, des événements douloureux vinrent troubler toute la région : ce fut I’invasion étrangère.

Dans les temps modernes, la Provence - sans compter la part prise par le duc de Savoie, Charles-Emmanuel 1er dans nos querelles religieuses (1590-1592) -[16] a été envahie quatre fois par les armées étrangères :

1° : En 1524 par les impériaux sous la conduite du traître Bourbon ;

2° : En 1536 par l’empereur Charles-Quint lui-même ;

3° : En 1707 par Victor-Amédée Il, duc de Savoie ;

4° : En 1746-47 par les Austro-Sardes que commandait le géné­ral autrichien Braün.

Les habitants de Saint-Paul-les-Fayence n’eurent certainement pas trop à souffrir des ravages de l’ennemi pendant la première et la troisième invasions qui - si I‘on peut s’exprimer ainsi - ne furent guère que linéaires : Bourbon ayant pour objectif Marseille, et Victor-Amédée, Toulon. A l’aller et au retour, les armées enne­mies suivirent l’ancienne voie Aurélienne, aujourd’hui route Natio­nale n°97[17]. Il en fut autrement pendant les deux autres invasions. La Provence fut ruinée, en 1536, non par l’ennemi, mais par les Français eux-mêmes. Le connétable de Montmorency procéda à une dévastation systématique pour empêcher les impériaux de vivre sur le pays. Les habitants de Saint-Paul, comme ceux des villages voisins, durent se réfugier dans les bois, se nourrir de racines en attendant que l’ennemi fût jeté hors du royaume.

En 1746-47, l’invasion s’étendit en surface sur tout le pays compris entre le Var, la mer et une ligne brisée passant par Fréjus, Le Luc, Hyères, Puget-Ville, Brignoles, Moustiers, Castellane, Grasse et Vence.

Dans cette guerre, dite de la Succession d’Autriche, « la France travailla pour le roi de Prusse », selon un mot qui fit fortune un XVIII° siècle. Nos troupes, d’abord victorieuses en Bavière, en Bohème et en Lombardie, furent bientôt contraintes à la retraite sur tous les points, après la défection de Frédéric II, notre allié, et aussi à cause du mauvais vouloir des espagnols avec qui nous collaborions en Italie. Une armée austro-sarde, forte de 50.000 hommes, sous les ordres du général autrichien Braün, passa le Var le 29 septembre 1746 et entra en Provence.

Les Gallispans[18], numériquement trop faibles, d’ailleurs divi­sés sur la conduite des opérations, continuèrent à se replier. Le chevalier de Belle-lsle, en attendant son frère, le maréchal[19] nommé en remplacement de Maillebois, n’avait qu’une poignée d’hommes et quelques miliciens provençaux levés à la hâte. Il se contenta de prendre des mesures de défense à Toulon et à Marseille et resta sur l’expectative. Les Espagnols se tinrent cois à Arles.

Les Austro-Sardes, ne trouvant personne devant eux, s’emparèrent rapidement de toute la région comprise entre Vence, Grasse et la mer. Puis, ils divisèrent leur armée en trois colonnes pour être mieux assurés de vivre sur le Pays en le pillant. La gauche de l’ennemi, commandée par le général piémontais Odonelli, prit, par l’Estérel, la route de Fréjus ; la droite, arrivée à Grasse, le 1er décembre 1746, lança vers Castel­lane le général Orméa ; enfin, le général Maguire[20], au centre, passa la Siagne, sur le pont de Tournon et marcha sur Draguignan où Il arriva le 15 décembre.

Les ennemis, libres dans leurs mouvements, établirent un peu partout des sortes de camps volants avec mission de ravitailler l’ar­mée aux dépens du pays. Morénas[21], un contemporain, a raconté de nombreux actes de pillage perpétrés par les Pandours qui faisaient main basse sur tout et qui, grands amateurs de nos vins ne manquaient jamais de quitter un village, un hameau, une ferme sans faire une visite aux caves. Aux environs de Saint-Paul, l’ennemi avait établi trois détachements : Un a Fayence, un autre à Bagnols et un troisième à la Bégude[22] sur la route, à mi-chemin entre Draguignan et Grasse. Là s’étend un assez vaste plateau ondulé où s’élèvent une multitude de fermes, de hameaux habités et qui l’étaient bien davantage au XVIII° siècle. Les ennemis ne manquèrent pas d’y rançonner les campagnards ; mais les paysans n’étaient pas d’humeur à se laisser dépouiller sans réagir. A Saint-Paul on racontait naguère encore que les frères Mireur, de solides gaillards, résistèrent aux fourrageurs ennemis à la ferme les Bois, aujourd’hui abandonnée. Ils en tuèrent quatre et les enterrèrent à la hâte près d’un four à chaux dont la fosse à demi comblée se voit encore entre la vieille ferme et le ruisseau de Riounier. Ce qui paraissait corroborer la tradition locale, c’était la découverte, par de petits dénicheurs[23], au printemps de l’année 1871 ou 1872, d’un crâne humain à côté même du four à chaux. Le fait est aujourd’hui authentiqué par trois requêtes adressées, la première, au maréchal de Belle-lsle et les deux autres, au comte d’Argenson, ministre de la guerre sous Louis XV[24]. Les auteurs, les sieurs Buisson, gentilhomme verrier, et Pierre Mireur, négociant, furent témoins et victimes des événements que nous allons raconter. Du même coup ces trois documents projettent la lumière sur les circonstances de la mort de six soldats ennemis tués à Saint-Paul à la même époque et sur les conséquences qui en résultèrent.

Cueillette des olives
Place du champ de foire

« Le 13 du mois de janvier 1747, sept cavaliers les troupes ennemies vinrent du lieu de Bagnols dans une bastide du terroir de Fayence[25] pour la piller et y fourrager ». Le nom de cette bastide n’est pas donné. La tradition locale rapporte qu’il s’agit de la ferme de Souliers ; ce pourrait être tout aussi bien celle de Peymeyan située dans le voisinage et qui appartenait à M. de Buisson. L’une ou I’autre, elle était habitée « par six frères qui, aïant été pillés une première fois ne se firent pas de peine, avec le secours de leurs valets, de fondre sur les sept cavaliers jusque là qu’ils en tuèrent six ne s’en étant échappé qu’un seul pour en porter la nouvelle à l’officier qui commandait le détachement de Bagnols[26]. Cet officier se porta tout de suite avec son détachement à cette bastide où il ne trouva qu‘un de ces six frères qui est imbécille, dont il se saisit et qu’il fit traduire au hameau de Saint-Paul, y étant entré avec sa troupe le pistolet à la main... Il demanda le nom de ceux qui habitaient la dite bastide ». Ceux-ci - on le croira sans peine – avaient dû prendre le large. L’immense forêt voisine leur offrait une retraite sûre. L’officier s’enquit « des consuls ou sindics du lieu ». Comme on lui répondit qu’il n‘y en avait pas, puisque le hameau dépendait de la communauté de Fayence, il « s’adressa alors à messire Issaurat, prêtre desservant la succursale le Saint-Paul, pour lui indiquer les habitants du lieu les plus apparens ». Le curé déclara qu’il n’y en avait pas d‘autres que les sieurs Buisson et Pierre Mireur ». L’officier s’empara de ces deux notables et les « traduisit liés et garotés » à Fréjus devant le général Odonelli qui les fit garder à vue. Il ordonna ensuite à son subordonné « d’aller faire un fourrage général au hameau le Saint-Paul ». Ce fut un pillage en règle : aucune maison ne fut épargnée. Puis l’officier, avec ses hommes, se porta à Fayence pour arrêter un consul, le sieur Renoux, et un bourgeois. Le sieur Renoux, conduit à Saint-Paul, donna le nom de quatre nouveaux otages[27] que l’on présenta au cavalier échappé à la mort le 13 janvier. « Il déclara de bonne foi qu’il n’en reconnaissait aucun.

L’officier ennemi avec son escorte assista-t-il à l’enterrement des six cavaliers tués au Ravin des Allemands ? Il dut tout au moins donner le nom des morts au desservant. Voici l’acte de décès du 15 janvier 1747 copié tel quel sur le registre de catholicité de Saint­-Paul-de-Fayence :

« Charles Jean Foit, natif de Moravie, Sepher d‘ecclesin. Fran­çois natif de Bohème, Simon natif du tirol, Antoine Sassi natif histir[28], Michel Vidobb natif de Moravie, tous six soldats du régiment de perlen[29] cavalerie de I’armée de la reine de Hongrie sont décédés en ce lieu le quinze janvier[30] et ensevelis dans le cyrnetière commun de ce même lieu »[31]

Le 20 janvier, les six otages furent interrogés à Fréjus par l’auditeur de l’armée. Le lendemain, on leur annonça qu’ils avaient à verser une indemnité de 3.136 livres en monnaie de France[32]. Devant I’importance de la somme exigée, les prisonniers écrivirent une lettre aux consuls de Fayence dans la pensée que la communauté à laquelle appartenait leur hameau se devait de faciliter leur libération. « La lettre resta sans effet ».

Alors commença la pénible odyssée des malheureux captifs. On les dirigea sur Grasse, à pied, à travers l’Estérel, puis sur Cannes et on les emprisonna à l’île Sainte-Marguerite. Ils y furent détenus vingt-deux jours « couchant à terre et ne mangeant que du pain bis ». Le 12 février, on les embarqua sur une vieille tartane qui faillit sombrer à cause du mauvais temps. Ils furent recueillis par une frégate anglaise[33] qui les débarqua dans le port de Villefranche le 14. Conduits à Nice, ils fournirent « caution bourgeoise »[34] pour leur personne et on les laissa libres pendant trois jours.

Une nouvelle lettre adressée aux consuls de Fayence, signée par le sieur Renoux, n’eut pas plus le succès que la première. L’auditeur de l’armée les fit de nouveau incarcérer « les fers aux pieds et aux mains et le prévôt vint leur dire, dans leur cachot, que, si dans trois jours, ils ne payaient pas les 3.136 livres, il les ferait pendre sans rémission ».Devant cette menace, les prisonniers eurent recours au sieur Coupon qui leur avança la somme demandée. Grâce à cet ami, ils purent recouvrer leur liberté le 25 février 1747. « Ils étaient restés quarante-cinq jours dans I’esclavitude (sic), dans les chaînes, dans les cachots, dans l’ordure, pressés par la faim, accablés de coups et réduits à une affreuse misère ».[35]

De retour à Saint-Paul, Buisson et Pierre Mireur se rendirent auprès des consuls de Fayence pour les prier de « pourvoir au remboursement des 3.136 livres et de toutes les dépenses que leur détention avaient occasionnées ». Les consuls déclarèrent que les enfants des demandeurs étaient complices du meurtre commis le 13 janvier, que les habitants étaient seuls responsables, que l’ennemi l’avait bien reconnu puisqu’il avait envoyé le consul Renoux sans lui demander la moindre rançon, que d’ailleurs il y avait « séparation d’habitation entre Saint-Paul et Fayence où les habitants ont leur curé et leur église »[36]. A quoi il fut répondu : « Ce sont des gens de la communauté de Fayence qui ont tué les six cavaliers. Les dommages et intérêts auxquels le meurtre a donné lieu ne peuvent regarder que la communauté de Fayence qui doit garantir les exposans de tout ce qu’ils ont souffert… Quoiqu’il y ait séparation d’habitation, il ne s’agit cependant que d’un même corps…, les habitants ne composent qu’une même communauté… il n’y a pour eux qu’un même cadastre et un même caïer de capitation… d’où il suit que tout ce qui concerne les habitants de Faïence ou de Saint-Paul est du ressort de la communauté de Faïence et lorsqu’il arrive dans ces lieux qui n’en font qu’un, quelque cas comme celui dont il s’agit, c’est la communauté de Faïence d’en répondre ».

Café-restaurant Daniel

Dans la seconde requête au ministre de la guerre, d’Argenson, les plaignants font remarquer que les gens de Saint-Paul « sont entrés et entreront par cottité de feux[37] dans toutes les dépenses faites à Faïence pendant le séjour des troupes étrangères…, que les consuls ont exigé des services et des corvées sans nombre des habitans de Saint-Paul, que, sur douze mulets que l’ennemi a taxé, la communauté de Faïence en a pris neuf du hameau de Saint-Paul sur dix-sept qu’il y en avait, tandis qu’à Faïence, il devait y en avoir au moins une centaine… ».

Nous n’avons pu savoir comment se termina le différend. Il est plus que probable que les six otages de Saint-Paul, outre les souffrances physiques et morales endurées pendant leur captivité, durent encore payer les 3.136 livres exigées pour leur rançon. Une note, écrite en marge de la supplique adressée au maréchal de Belle-Isle, la laisse bien entendre. Elle dit : « Il n’y a pas lieu d’avoir égard à la demande des suppliants qui n’est pas fondée à répéter[38], vis-à-vis de la communauté de Faïence, la somme qu’ils ont payée ».

Cette carence, ce manquement à la loi de solidarité, l’inégale et criarde répartition des réquisitions en nature exigées par les ennemis laissèrent dans l’esprit des habitants de Saint-Paul une grande amertume. Ce fut un nouvel aliment au vif désir de briser les liens qui les unissaient à leurs voisins. Ils intensifièrent une lutte qu’ils avaient initiée par l’installation, en 1699 d’un secondaire qu’ils payaient de leurs propres deniers. Dès lors, ils n’eurent plus à se rendre au chef-lieu communal « distant de deux grosses lieues, à traverser des torrents impétueux »[39] pour l’inscription des actes de catholicité, baptêmes, mariages, décès, que l’ordonnance royale de Villers-Cotterêts[40], complétée plus tard par divers édits et principalement par celui de mars 1691, imposait à tout le monde. Ce n’était qu’une demi-satisfaction ; elle fut regardée comme une vic­toire.

Ils visèrent alors au droit de gérer les affaires particulières de leur hameau : après l’émancipation religieuse, l’émancipation civile. Dans ce but, ils adressèrent une requête à l’intendant général de Provence, Gallois de la Tour[41]. Leurs réclamations furent jugées bien fondées. L’intendant les transmit au Parlement d’Aix et cette cour souveraine, par son arrêt du 17 avril 1765, permit aux habitants « de s’assembler dans la maison curiale[42], de nommer un ou deux sindics, de lever telles taxes ou impositions sur les habitants et de délibérer au nombre de douze toutes les fois qu’il leur serait agréable… ».[43]

Ce n’était pas encore l’émancipation complète : c’en était la deuxième étape.

La Révolution française, à ses débuts, fit naître à Saint-Paul de grandes espérances. Les habitants envoyèrent des délégués à Fayence, le 22 mars 1789, pour y prendre part à la rédaction du Cahier des doléances. Ce furent Léon Mireur, qui était syndic ; Testanier, Joseph Niel, Hébréard, Joseph Roux[44].

Comme l’Assemblée nationale constituante avait décrété, le 12 novembre I789, « qu’il y aurait une municipalité dans chaque ville, bourg, paroisse ou communauté de campagne » et organisé le système municipal par le décret du 14 décembre suivant, les habitants de Saint-Paul ne manquèrent pas de profiter de ces avantages. « Par la voix et organe de Jean Testanier, crieur ordinaire, » ils s’assemblèrent dans la chapelle de Saint-Joseph, le 14 mars 1790, au nombre le soixante-trois, sous la présidence le Léon Mireur. Le syndic donna connaissance du décret de l’Assemblée nationale constituante du 7 janvier 1790 sur la formation des municipalités. Le décret portait que tout hameau ayant au moins cinquante feux pourrait se constituer en commune distincte. Le syndic « représenta que Saint-Paul, qui a cent dix feux et qui a vécu jusqu’aujourd’hui sous le régime municipal de Fayence, qui n’a cependant jamais eu part à aucune représentation et qui n’a jamais été que pour les impositions et contributions qu’il a toujours été obligé de payer, est fondé aujourd’hui à se séparer de la communauté de Fayence… avec autant de raison qu’aucun des citoyens actifs[45] de ce hameau n‘a été invité ni appelé aux assemblées lors des élections… ». Les propositions un syndic furent adoptées à I’unanimité et par acclamation. Il fut ensuite décidé de nommer trois délégués « pour se porter à Fayence auprès de MM. Le Maire et officiers municipaux et leur faire connaître les décisions du hameau de Saint-Paul[46].

Quatre jours après, le 18 mars 1790, ils se réunissent de nouveau, cette fois dans la maison curiale[47], au nombre de dix-sept, selon le privilège qui leur avait été accordé par l’arrêt du Parlement d’Aix le 17 avril 1765. Dans cette réunion, le syndic « représenta qu’il vient d’apprendre que Fréjus est chef-lieu de district[48] et chef-lieu de canton, qu’il est de l’avantage de ce lieu (Saint-Paul) dit être compris pour participer aux bienfaits que l’Assemblée Nationale a accordé à la ville de Fréjus, qu’il conviendrait de délibérer que le district fût irrévocablement à Fréjus, et que ce lieu, Saint-Paul, fut annexé dans le canton de ladite ville pour avoir part aux assemblées primaires[49] qui s’y tiendront… et qu’il sera délivré extrait de la présente pour l’envoyer aux Administrateurs de laditte ville… ».

Entre temps, ils avaient adressé une supplique à l’Assemblée nationale pour obtenir :

1°/ que Saint-Paul fut érigé en municipalité distincte ;

2°/ que cette municipalité fut annexée au canton et au district de Fréjus.

En attendant la consécration officielle de leurs demandes, et prenant acte du décret royal qui sanctionnait la loi votée par l’Assemblée nationale le 12 novembre 1789, les habitants procédèrent, le 21 avril 1790, aux élections. La municipalité fut constituée comme suit :

Léon MIREUR, Maire ;

GASTAUD, Officier Municipal ;

J. SIMON, Officier Municipal ;

J. ROUX, Notable ;

A.J. MIREUR, Notable ;

HEBREARD, Notable ;

J. NIEL, Notable ;

LAMBERT, Notable ;

HEBREARD, Procureur de la Commune.

Les Saint-Paulins semblaient avoir atteint leur troisième but : l’érection de leur hameau en commune. Ils n’avaient plus qu’à faire ratifier leur action par l’assemblée départementale. Un long mémoire fut rédigé « par la communauté du lieu de Saint-Paul, district de Fréjus, contre la communauté de Fayence, district de Draguignan, à l’effet de parvenir à la séparation de leurs territoires et à une répartition proportionnelle de leurs biens patrimoniaux »[50].

La Verrerie

L’assemblée départementale du Var – à laquelle ce mémoire fut adressé – nomma MM. BERNARD et SEGOND[51] pour examiner les demandes des habitants de Saint-Paul. Hélas ! A la fin de l’année 1790, l’Assemblée nationale constituante, alarmée peut-être d’avoir déclenché, dans la France entière, un mouvement qui poussait les hameaux à se détacher de leurs chefs-lieux et de favoriser ainsi ce que l’on pourrait appeler de la pulvérisation communale, avait envoyé aux Conseils Départementaux des instructions pour conseiller au contraire « les réunions de diverses municipalités en une seule ». Les deux rapporteurs conclurent donc au rejet de toutes les demandes et opinèrent que les Saint-Paulins « continueraient à faire partie de la municipalité de Fayence et du district de Draguignan ». Ironie amère, les rapporteurs paraissaient prendre les intérêts du hameau ! « Il ne peut, dirent-ils, que résulter un très grand préjudice pour la commune de Saint-Paul, de passer du district de Draguignan à celui de Fréjus, puisque celui-ci n’étant affouagé que de soixante-dix-sept feux[52], chaque feu y supportera, pour les frais d’administration et de tribunal, une imposition de 395 livres, tandis que l’affouagement du district de Draguignan étant de 254 feux, chaque feu ne doit y supporter qu’une imposition de 118 livres. Nous pensons donc qu’il n’y a pas lieu à autoriser la commune de Saint-Paul-Les-Fayence à se séparer de Fayence et à passer dans le district de Fréjus… »[53].

C’était un échec douloureux. Au point de vue administratif et, au point de vue municipal, le village retournait à l’état antérieur à celui qu’avait établi l’arrêt du Parlement, le 17 avril 1765 ; et, bientôt après, avec la Constitution Civile, du clergé et à la création de l’Etat Civil (20 septembre 1790), à celui qui existait avant 1699. De nouveau, pour l’enregistrement des naissances, des décès, et pour la cérémonie civile du mariage, il fallait aller à Fayence « faire deux grosses heures de marche…, traverser deux torrents si impétueux que toute communication se trouve fermée en hiver »[54]. On peut se représenter la déception de la population qui avait cru toucher au but et qui, brusquement, était ramenée à des pratiques de plusieurs siècles en arrière. Il faut croire que tout n’alla pas sans protestations de la part des habitants.

En dehors du désir légitime de se séparer de Fayence, on ne peut savoir par quelles émotions passa notre village à l’époque troublée de la Convention. La tradition locale rapporte seulement que le dernier desservant de la chapellenie, l’abbé Porre, fut malmené au début de l’année 1793. Troublé par des manifestations hostiles, il jugea prudent de s’enfuir, la nuit, sous un déguisement. L’église du hameau fut fermée. La chapelle Saint-Joseph, la maison curiale et le patrimoine, regardés, non comme biens nationaux – croit-on – mais comme biens appartenant à la communauté des habitants, furent vendus. La chapelle fut achetée par un Simon dit Simonet, la cure et le patrimoine par Mathieu Hébréard.

La Convention, le Directoire et l’Empire eurent trop de soucis intérieurs et extérieurs pour que les doléances d’un petit hameau fussent entendues. Il faut arriver à la Restauration pour que Saint-Paul regagne le terrain perdu et cela en une seule fois. Une ordonnance royale, celle du 20 août 1823 érigea définitivement le hameau en commune distincte. Nous la donnons ici en entier.

« Louis[55], par la Grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous ceux qui les présentes verront. Salut :

Sur le rapport de notre ministre d’Etat de l’Intérieur,

Notre Conseil d’Etat entendu, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

Article Premier : « Le hameau de Saint-Paul, Département du Var, est distrait de la commune de Fayence et érigé en commune particulière sans préjudice des droits d’usage et autres que les habitans de Fayence et de Saint-Paul pourraient avoir sur leurs territoires respectifs ».

Article deuxième : « La limite entre les deux communes est fixée conformément à la ligne jaune tracée sur le plan ci-annexé à partir du territoire de Tourrettes, par le ruisseau de la Vernède jusqu’au chemin de Fayence à Fréjus, par le même chemin, jusqu’à l’embranchement du chemin de l’Aumade, jusqu’à la rencontre de la route de Draguignan à Grasse[56], par cette route jusqu’à l’embranchement du chemin de Fayence à Roquebrune, par ce chemin jusqu’à la rencontre avec celui de Saint-Paul à Draguignan. Enfin par ce dernier chemin jusqu’au ruisseau de Méaulx ».

Article troisième : « Le Préfet procédera à la nomination du maire et des adjoints et conseillers municipaux de la nouvelle commune qui sera établie au 1er janvier 1824 et il prendra les mesures nécessaires pour la distribution entre elles des registres et des papiers qui les concernent particulièrement et respectivement ».

Article quatrième : « Notre Garde des Sceaux, ministre de la justice et nos ministres secrétaires d’Etat de l’Intérieur et des Finances sont chargés de l’exécution de la présente ordonnance ».

« Donné en notre Château des Tuileries le 22 août, l’an de grâce 1823, et de notre règne le vingt-neuvième » Signé : Louis »[57].

Voici quelle fut la composition du Conseil Municipal dont tous les membres furent désignés par le Préfet comme le portait l’article 3 de l’ordonnance royale :

Joseph de Queilar, Maire ;

Pierre Marre, Adjoint ;

Le marquis de Grimaldy-Régusse

Joseph-Antoine Mireur, chirurgien ;

Sylvain de Ferry du Vallon ;

Joseph Roustan aîné ;

Antoine Castagne;

Michel Roustan;

Joseph Simon ;

Guillaume Hébréard, fils aîné ;

Guillaume Gastaud ;

Maxime Mireur.[58]

Le maire de Bagnols, M. Bourgniol, délégué par le Préfet, installa le Conseil Municipal le 1er janvier 1824 : « Nous, Florent-Bernard Borniol, maire de la commune de Bagnols, département du Var, arrondissement de Draguignan, en vertu de la délégation à nous faite par Monsieur le Préfet de ce département, suivant sa lettre du 29 septembre 1823, à l’effet de procéder à l’installation de MM. Les maire, adjoints et membres du Conseil Municipal de la commune de Saint-Paul…, nous étant rendus à l’heure de onze du matin en laditte commune et auprès de M. Joseph de Queilar appelé aux fonctions de maire, l’avons invité de nous accompagner en la salle de la mairie, où étant arrivé, ledit sieur de Queilar nous a communiqué l’ordonnance royale du 20 août 1823 qui érige en commune particulière le hameau de Saint-Paul, ainsi que l’arrêté de Monsieur le Préfet du 29 septembre 1823 qui constitue la municipalité de Saint-Paul ».

Vue générale du village

« En conséquence des dispositions ci-dessus, nous avons appelé le sieur Pierre Marre, nommé adjoint de la ditte commune, les sieurs Le marquis de Grimaldy-Régusse, Joseph-Antoine Mireur, chirurgien, Sylvain de Ferry, Joseph Roustan aîné, Joseph Simon, Guillaume Hébréard fils aîné, Guillaume Gastaud et Maxime Mireur. Lesquels s’étant présentés à l’exception de MM. Le marquis de Grimaldy-Régusse, Sylvain de Ferry et Maxime Mireur qui sont absents de la commune et à tous les susnommés présents, nous avons donné la connaissance de notre mission et les avons invité de prêter en nos mains le serment voulu par la loi et immédiatement le dit sieur Joseph de Queilar en sa qualité de maire a levé la main et a prononcé à haute et intelligible voix, « Je jure obéissance à la charte constitutionnelle et fidélité à sa majesté Louis XVIII… »[59]. Après quoi, ensuite des pouvoirs qui nous sont délégués, nous avons concédé acte de la prestation du serment faite entre nos mains par les sieurs, maire, adjoint et conseillers municipaux de la commune de Saint-Paul et les avons alternativement et individuellement installé dans l’exercice de leurs fonctions.

De tout ce que dessus, nous avons rédigé le présent verbal qui a été signé avec nous par Messieurs les Maire, adjoints et conseillers municipaux par nous installés ».[60]

A la municipalité nouvellement nommée toutes les dépenses de premier établissement, il lui fallait trouver les ressources nécessaires pour assurer le bon fonctionnement des services publics. Sur la proposition du maire, le Conseil, dans la séance du 2 mai 1824, vota : 1° une imposition de cinq centimes par franc à percevoir sur la contribution foncière ; 2° un droit d’entrée sur les porcs mis en vente à la foire du 25 janvier, savoir : 20 Centimes par tête pour les porcs gras et cinq centimes pour les porcelets ; 3° un droit de location des places, à raison de vingt-cinq centimes par mètre carré, payé par tous les marchands et bateleurs qui s’installaient de chaque côté de la rue principale du village depuis le champ de foire jusqu’à la bifurcation de la rue du Pousset et de la rue de la Verrerie ; 4° on adopta le règlement de l’octroi de Fayence du 13 septembre 1820 qui percevait 12 francs par bœuf et par vache, 2 francs par veau et génisse, et un franc par mouton, brebis et chèvre, quarante centimes par agneau et chevreau, et quatre francs par porc abattu.

Dans la séance du lendemain, 3 mai, le Conseil municipal nomma un garde-champêtre, Jean Mireur, et un messager, Jean Sauteron, pour porter à Fréjus, une fois par semaine, les plis de la Mairie et prendre le courrier administratif. Son salaire fut fixé à cinquante francs par an, un peu moins de un franc par journée. Il était autorisé, il est vrai, à porter aussi la correspondance des particuliers et à prélever cinq centimes par lettre.

Le Conseil municipal, à ses débuts, ne parait pas avoir été prodigue des deniers communaux. Son budget, qui s’éleva à 777fr.. 38 pour les recettes et à 727fr. pour les dépenses, se solda donc par un excédent de recettes de 50fr, 38.

Le 7 mai 1828, le Conseil installa un sieur Robert, instituteur, muni du brevet de capacité de l’enseignement primaire, 3ème degré[61].

Son traitement fut fixé à 100francs par an : c’était plutôt maigre. A la vérité, il était autorisé à demander une indemnité aux parents des élèves.

Comme avant la Révolution, on continuait à ne point se préoccuper de l’instruction des jeunes filles : à la fin du XVIII° siècle, les femmes du peuple et beaucoup de femmes de la bourgeoisie même ne savaient ni lire ni écrire[62].

Le 15 mai 1826, le maire, M. de Queilar, « exposa au conseil la nécessité qu’il y aurait qu’il fût établi dans l’enceinte de la commune une horloge publique[63] qui sonnerait d’une manière positive le nombre d’heures que le journalier doit à celui qui le loue moyennant salaire et par-là, mettre un terme aux diverses altercations qui s’élèvent entre l’homme le peine et le propriétaire qui l’emploie à son travail. M. le Maire a également fait sentir la difficulté qu’il a souvent rencontrée pour mettre en vigueur des moyens répressifs contre les cabaretiers qui donnaient à boire pendant la nuit, attendu que les délinquants se targuaient[64] de ce qu’ils ne savaient pas qu’il fût si tard, ignorant l’heure qu’il était, tandis que si une horloge publique eût existé cette excuse n’aurait pas été reçue »[65].

L’horloge fut vendue par un certain Hilarion Boyer, de Mouriès (Basses-Alpes), au prix huit cent trente trois francs. Elle fut posée sur le clocher de l’église[66].

La révolution de juillet 1830 parut être accueillie favorablement à Saint-Paul. Le 14 décembre 1830, à I’issue de la messe, le maire, M. Joseph de Queilar, entouré des membres du conseil municipal et de MM. les officiers en retraite dans la commune, lut sur la place publique la nouvelle Charte constitutionnelle dans son entier, écoutée avec respect et accueillie avec joie aux cris de « Vive Louis-Philippe 1er, roi des Français »[67].

Dans une séance ultérieure (5 décembre 1830), le maire s’exprima­it ainsi : « Les glorieux événements du mois de juillet dernier, en rendant à la France sa liberté et ses lois trop injustement attaquées, nous ont mis sous le règne de ces couleurs nationales qui, depuis quarante ans, ont fait la gloire de notre patrie et l’admiration de tout I’univers… ».

La Révolution, en renversant les Bourbons et en appelant au trône un prince de la maison d’Orléans, apporta une modification radicale dans le mode de nomination des conseils municipaux. La loi du 21 mai 1831, portait, art. 10, « les conseillers municipaux sont élus par l’Assemblée des électeurs communaux ». Ces électeurs, dont le chiffre était fixé au dixième de la population, devaient être pris parmi les citoyens âgés au moins de 21 ans et choisis parmi les plus imposés. A Saint-Paul, le nombre des électeurs s’éleva à 47, le chiffre de la population, à cette époque, étant de 474, dont le dixième est 47.

Voici le nom des élus dans l’ordre les suffrages obtenus :

MM. Roustan Joseph,

Mireur Joseph-Antoine,

Fabre Louis,

Roustan Michel-Benoit,

de Queilar Joseph,

Roustan Jean, dit Saquetton,

Roustan Joseph-Antoine,

Hébréard François,

Hébréard Jean.


A la suite le ces élections, le Préfet, par son arrêté du 7 sep­tembre 1831, nomma Roustan Michel-Benoît, maire, et Fabre Louis, adjoint.

La garde nationale fut constituée en vertu de la loi du 23 mars 1831. La compagnie, qui comptait 97 hommes, compris entre vingt et soixante ans, fut commandée par Fabre Louis[68], capitaine ; Mireur Martial, lieutenant, et Roustan Joseph, sous-lieutenant. Ces officiers prêtèrent serment a I’hôtel de ville, le 27 avril 1831.

Le régime de Louis-Philippe fut une époque prospère pour les campagnes. Le ministre Guizot, l’homme lige du roi, disait aux paysans : « Enrichissez-vous. » A Saint-Paul, comme un peu partout en France, l’outillage agricole fut perfectionné, les chemins vicinaux furent améliorés. Partout, sur nos plateaux calcaires, Ies blés doraient leurs épis grenus au soleil de juin ; partout,, sur les pentes des coteaux, les vignes gonflaient leurs grappes vermeilles ;

une exploitation plus rationnelle de la forêt apportait des ressources nouvelles aux habitants. La foire du 25 janvier prit une telle impor­tance que la municipalité, en 1847, décida d’acheter la propriété des frères Roux pour la convertir en champ de foire. Le Conseil Municipal entendu, le maire, Fabre Louis, demanda au préfet, le 10 mars 1846, une coupe de bois de 1200 pins dans la forêt communale pour l’achat dudit terrain. Le « Pré de foire », comme on dit ici, fut entouré de murs ; un large escalier de pierres de taille et des entrées latérales v donnèrent accès aux acheteurs et aux producteurs.

Depuis des siècles, on inhumait les morts dans le petit cimetière situé sur le côté est de l’église, au centre même du village. Alors les vivants ne se séparaient pas de leurs morts. Mais soit que ce cimetière fût devenu insuffisant, soit qu’une question d’hygiène fût intervenue, on chercha un autre champ l’inhumation. Le nouveau cimetière fut bâti en dehors du village, sur le revers ouest du quar­tier de Charlon. Les travaux furent achevés en 1850[69].

Au point de vue municipal, la Révolution de 1848 - qui fut surtout parisienne - ne changea rien à la composition du Conseil Municipal dont Fabre Louis était maire depuis le 20 septembre 1840. Mais l’émotion dut fortement troubler une population jusque là tranquille quand elle apprit l’enrôlement de quelques-uns de ses concitoyens dans la « phalange révolutionnaire » qui voulait essayer de s’opposer aux visées ambitieuses du prince Louis-Napoléon Bonaparte. On sait comment le parti socialiste fut écrasé par les républicains bourgeois et comment l’ancien « prisonnier du fort de Ham » fut élu président de la République par cinq millions et demi de voix, le 18 décembre 1848, et comment le coup d’Etat du 2 décembre 1851 nous donna un second empereur. Le maire, qui était M. Fabre Louis, depuis 1840, fut remplacé, en 1853, par M. Lévis Antoine et ce dernier par M. Roustan Martial, en 1861.

Place aux grains 1
Place aux grains 2
Route de Bagnols

La nomination de M. Roustan fut accueillie très favorablement et marquée par une série de réjouissances. Le 4 septembre 1870, il dut céder l’écharpe à M. Fabre Laurent, un proscrit de 1851[70].

Haine de clocher - Il faut maintenant parler – pour les regretter et les condamner – d’une série de faits que déplorent tous les cœurs animés de l’esprit de concorde et de fraternité, d’une de ces haines de clochers qui dressaient jadis les uns contre les autres les habitants de deux villages voisins.

Hélas ! est-ce une loi de notre pauvre terre

Que toujours deux voisins auront entre eux la guerre

a dit le poète Andrieux dans le conte spirituel et charmant du « Meunier sans Souci ! »

Il est malheureusement exact qu’autrefois, et naguère encore, les gens de Saint-Paul et ceux de Bagnols ne pouvaient se souffrir. Les hommes, les femmes, les enfants, de part et d’autre, étaient tous animés du même esprit d ‘hostilité et se dévisageaient avec des regards de haine.

Quelle était la cause de cette antipathie ? A quelle époque remon­tait-elle ? Il est bien difficile de répondre à cette double question d’une manière pertinente ; c’est délicat et même dangereux - com­me c’est le cas ici - quand on appartient à l’un des deux villages et que l’on n’a entendu que les dépositions d’un seul plaignant : celles des habitants de Saint-Paul. Dans ces conditions, aucun juge n’osera, en conscience, penser qu’il possède tous les éléments d’une saine décision.

L’ancien village de Bagnols fut incendié et entièrement détruit en 1391 par les bandes de Raymond de Turenne. Il ne fut relevé de ses ruines qu’un siècle plus tard par l’évêque de Fréjus, Urbin de Fiesque. Son frète, Hector de Fiesque, emmena une cinquantaine de familles de Feso, petite bourgade de la rivière de Gênes ; il les installa à Bagnols, leur concéda quelques privilèges à la condition, qui leur fut imposée, de rebâtir le village et de remettre en valeur les terres qui en dépendaient.

Les nouveaux habitants étaient donc des étrangers, parlant une langue qui n’était pas celle des autochtones. Faut-il trouver là les raisons de I‘animosité qui dut se dresser tout de suite entre les deux petites agglomérations voisines ? Un mot que l’on peut relever dans une lettre du maire de Saint-Paul adressée au juge d’instruction le 3 février 1848 le laisserait supposer : « De temps immémorial, écrit-il, les deux pays, Bagnos[71] et Saint-Paul, sont ennemis. Je passe sous silence tout ce qui s’est passé jusqu’en 1815, à la rentrée des Bourbons. A cette époque de 80 à 100 personnes de Bagnols vinrent faisant la farandole, chantant des chansons, tenant des propos tels que celui de « A bas les brigands » et insultant tous ceux qu’ils rencontraient dont je fus du nombre... »[72].

L’expression « à bas les brigands » laisse supposer que les haines politiques vinrent, après 1815, s’ajouter aux haines premières. On sait qu’au retour des Bourbons, les émigrés et les royalistes traitaient de brigands tous les tenants de la Révolution et de l’Empire. Dans la même lettre, le maire de Saint-Paul, Fabre Louis, ajoutait qu’en 1827, « des jeunes de Saint-PauI, se trouvant à Bagnols à l’occasion d’une fête, furent, insultés et que le nommé Mireur Joseph, de Saint-Paul, mourut, à la suite des coups qu’il avait reçus ».

Le 25 janvier 1843, au Soir, les Bagnolais voulaient danser la farandole dans Saint-Paul. Les habitants, qui virent la une provo­cation, s’y opposèrent. Il y eut dispute ; une centaine d’hommes étaient prêts à en venir aux mains. Le maire réussit à apaiser les esprits surexcités de part et d’autre. Les Bagnolais quittèrent enfin la place non sans lancer des propos malsonnants à I’adresse des personnes qu’ils rencontraient.

A la suite de ces faits, les Saints-Paulins ne pouvaient plus, pour leurs travaux, se rendre aux environs de Bagnols, ni passer sur la route de Fréjus sans être insultés. « Deux enfants de 15 à 17 ans qui allaient avec les charretiers... dans la forêt de Bagnos » furent « poursuivis par 4 ou 5 autres enfants de Bagnols armés de bâtons » pendant plus d’une lieue à travers les bois.

Le maire de Saint-Paul veillait sur ses administrés. Il assurait son collègue qu’aucune insulte ne serait faite aux gens du village voisin. Il l’invitait à exercer la même vigilance « de crainte de plus grands malheurs »[73]. Il est juste de reconnaître que le maire de Bagnols n’avait pas attendu cette invitation pour agir. Le 26 janvier 1843, il avait arrêté « environ 170 à 200 personnes » de sa commune qui devaient se porter à Saint-Paul pour « défier les habitants et les battre ».

Dans la période qui va de 1850 à 1880, il semble bien que les esprits s’étaient un peu calmés de part et d‘autre ; mais le feu couvait toujours sous les cendres ; il y eut encore quelques bagarres et les fêtes du 25 janvier et du 3ème dimanche de septembre donnaient toujours des craintes. Enfin, en 1884 ou 1885, deux hommes, animés d’un grand esprit de conciliation, MM. Funel, ancien instituteur, maire de Bagnols, et M. Jean Hébréard maire de Saint-Paul, résolurent d’éteindre toutes les haines et de dissiper tous les malentendus. M. Hébréard invita, au nom de la population qu’il représentait, le maire et le Conseil municipal de Bagnols à un vin d‘honneur, le jour de la fête de Saint-Joseph, le 3ème dimanche de septembre. L’invitation fut acceptée avec joie et au jour dit, les membres de la muni­cipalité bagnolaise furent accueillis aux applaudissements nourris de toute la population. On leur offrit un vin d’honneur sur la place publique. Le maire de Saint-Paul leur souhaita la bienvenue. M. Funel répondit que « la fraternité ne serait pas seulement sur les lèvres, mais aussi dans les cœurs ». Les verres furent levés et l’on but à la concorde, en abjurant les vieilles haines. Ce fut une belle et touchante cérémonie. Au bal, les jeunes gens et les jeunes filles des deux villages, mêlés et confondus, dansèrent les quadrilles les plus gais et les plus animés. Des parties de boules furent organisées où il n’y eut que des amis et non des adversaires. On prépara un avenir de paix en associant les enfants à la réconciliation des parents : des récréations et des jeux divers furent donnés à ce petit monde qui montra le même désir d‘apaisement que les grandes personnes. Des journées comme celle-là font honneur aux hommes qui les ont conçues !

Fontaine des Moutons


Four à chaux
La Verrerie 2
Route de Bagnols 2

NOTES

[1]Séance du 18 août 1918.
[2] Ce plateau, situé à 2,5 kilomètres de St.Paul-en-Forêt, appartient à la commune de Tourrettes.
[3] Ces tuiles, à la vérité, peuvent être romaines ou gallo-romaines.
[4] Dictionnaire historique et géographique (1835), art. Saint-Paul.
[5] On continue à dire – par tradition orale – que Saint-Paul fut bâti par les Sarrasins sur la colline de Maugarié. Mais si les sectateurs de Mahomet sont passés ici, c’est plutôt « pour détruire que pour édifier ».
[6] Elle porte seulement qu’elle fut signée à Fréjus le onzième jour des calendes de novembre : Undecimo kalendas novembris. L’abbé Espitalier dit que la donation fut faite en l’année 1030 (donc le 11 novembre 1030).
[7] Guillaume III, comte de Provence, en même temps que ses cousins Geoffroi 1er et Bertrand 1er (1018-1063)
[8] Gaucelme, en consacrant l’église – c’était la chapelle de St. Joseph démolie en 1884 -, donna l’absolution de leurs fautes à ceux qui viendraient la visiter et maudit ceux qui y viendraient pour mal faire : « Ego Gaucelmus… feci absolutionen super eos qui ibi causa flagitendi peccata sua adrenerint, et maledixi eos qui ibi se fecerint auctores maleficiendi… ».
[9] Les évêques de Fréjus par l’abbé H. Espitalier tome I, p. 127. – Garcin Dictionnaire historique et géographique de la Provence (1835), art. Saint-Paul
[10] Jean Brunhes : Histoire de la nation française, tome II, p. 114.
[11] Barthélemy Camelin, évêque de Fréjus de 1594 à 1637 : Pierre Camelin fut son successeur sur le siège épiscopal de 1637 à 1654.
[12] Les évêques de Fréjus du XIII° siècle à la fin du XVIII°, par l’abbé Espitalier.
[13] La portion congrue était de 300 livres, réduite dans les provinces du midi à 200 livres par la Déclaration du 17 août 1634. Le patrimoine ad titulum diæcesis, fut constitué par les habitants et consista en une terre sise au quartier Bagarre (appelée le Pavillon), et la maison curiale, par une habitation située sur la place du village. La cure communiquait avec la sacristie (Maison Hébréard actuellement). La maison curiale et le patrimoine furent achetés par Mathieu Hébréard sous la Révolution.
[14] Nous avons scrupuleusement respecté l’orthographe fantaisiste de l’abbé Latil. Mais y avait-il alors une orthographe ?
[15] Il s’agit ici de la lieue provençale qui était le double de la lieue française.
[16] Voir N°40 du Var Historique et géographique (octobre-novembre 1929) p. 85 Episode des troubles de la Ligue en Provence : passage de Charles-Emmanuel 1er, duc de Savoie, à Fayence (1590) par C. Arnaud.
[17] Toutefois, en 1707, une division des troupes piémontaises prit au retour la voie centrale de la Provence (route de Draguignan à Grasse et Vence).
[18] Nous dirions aujourd’hui les franco-espagnols.
[19] Les de Belle-Isle étaient les petits-fils du fameux surintendant Fouquet. Maillebois, marquis de Desmarets (1682-1762), fut relevé de son commandement après sa défaite à Plaisance en Italie (1746).
[20] D’aucuns écrivent Magiol, Magloy ou Magloire.
[21] Morénas (1702-1774), dans un petit livre intitulé « Histoire de tout ce qui s’est passé en Provence depuis l’entrée des autrichiens dans cette province jusqu’à leur retraite ». Le mot « Pandours » s’appliquait aux slaves de l’armée ennemie : croates, esclavons.
[22] Ancienne auberge de campagne où piétons et routiers s’arrêtaient pour boire (Begudo est le participe passé du verbe provençal beure : begu, begudo).
[23] Parmi lesquels se trouvait l’auteur de la présente monographie.
[24] Ces requêtes nous ont été signalées par M. Poupé, conservateur de la bibliothèque de Draguignan où elles sont insérées dans le manuscrit.
[25] Buisson et Mireur écrivent « Faïence » et non Saint-Paul, leur but étant d’obtenir que la communauté de Fayence, dont faisait partie le hameau de Saint-Paul, prit à sa charge le paiement de la rançon dont il va être question.
[26] Les six cavaliers furent tués –selon la tradition – dans le ravin de tête du ruisseau situé entre Souliers et Peymeyan. On l’appelle depuis la rego deis allemans, le ravin des allemands.
[27] Le sieur Renoux fut emmené comme otage aussi, mais il se tira d’affaire « en aïant été quitte par quelques espèces qu’il compta ». Nous regrettons de ne pas connaître le nom des quatre autres otages.
[28] Probablement Istrie.
[29] Probablement Berlichingen.
[30] Le prêtre Issaurat donne par erreur la date de l’inhumation et non celle de la mort des six cavaliers.
[31] Archives de Saint-Paul-en-Forêt. A côté d’eux reposa, dans le champ des morts, Paul Denthieux, du régiment du Bourbonnais, natif de Pamiers en Comté, mort le 30 juillet 1747, probablement des suites de ses blessures : adversaires dans la vie, ils furent unis dans la mort.
[32] Nous pensons qu’il faudrait multiplier 3136 par 30 au moins, ce qui ferait près de 100.000F de notre monnaie, pour apprécier l’importance de la rançon demandée.
[33] Les Anglais étaient entrés dans la coalition contre la France dans l’espoir de détruire Toulon.
[34] Ce fut une de leurs connaissances, le sieur Coupon, qui répondit pour eux.
[35] En réalité 43 jours. Les otages doivent ajouter les deux journées de marche pour revenir de Nice.
[36] Cette allégation fut retenue par les habitants de Saint-Paul quand ils demandèrent plus tard à se séparer de Fayence.
[37] Quotité des feux ; en Provence, on entendait par « feu » dans ce cas, non une famille, mais un chiffre conventionnel qui servait de mesure pour établir l’impôt.

[38] Répéter est employé ici au sens étymologique et signifie demander, réclamer.

[39] Prêtre desservant une succursale ou chapellenie. Les deux torrents qualifiés d’ « impétueux » avec un peu d’exagération sont ceux de Riounier et de Camandre. Mais comme il les fallait passer à gué à cette époque, il y avait quelque danger.
[40] L’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) n’imposait que l’inscription des bénéficiaires ecclésiastiques décédés ; peu à peu, elle s’étendit aux personnages d’importance, enfin à tout le monde.
[41] Voir pièces justificatives I. Nous n’avons pas pu nous procurer la requête intéressante adressée à l’intendant général. Elle nous aurait fait connaître – en les précisant – les griefs des habitants de Saint-Paul contre la communauté de Fayence. Elle se trouve certainement dans les archives du parlement de Provence à Aix ; mais il y a, paraît-il, encore des milliers de dossiers à classer.
[42] Actuellement maison Hébréard, sur la place.
[43] Voir pièces justificatives I.
[44] Voir le texte de ce cahier de doléances dans F. Mireur Cahier des doléances des communautés de la sénéchaussée de Draguignan. p. 170.
[45] Feu est pris ici dans le sens de famille et désigne l’ensemble des personnes vivant autour du même foyer. On appelait citoyen actif tout français âgé de 25 ans au moins et payant une contribution égale à trois journées de travail, la journée étant fixée à cinquante centimes.
[46] Voir pièces justificatives II.
[47] Voir note 41.
[48] Nom que l’on donna d’abord à des arrondissements plus nombreux que ceux d’aujourd’hui. Il y eut neuf districts dans le Var.
[49] On appelait assemblées primaires l’ensemble des citoyens actifs réunis pour choisir les « électeurs » qui, eux, élisaient les députés (constitution de 1791).
[50] Voir pièces justificatives III.
[51] M. BERNARD était conseiller représentant le canton d’Antibes et M. SEGOND citoyen de la Cadière, représentait le canton du Beausset.
[52] Feu ne doit pas être confondu avec feu signifiant famille ou ménage. Il désigne ici une valeur de convention en fonds de terre estimée à 55.000 livres en 1790. Une division territoriale comme le district de Fréjus affougé à 77 feux, était donc considérée comme ayant une valeur conventionnelle imposable de 55.000 livres multipliées par 77 = 1.235.000 livres, et le territoire de Draguignan, 55.000 livres multipliées par 254 = 13.970.000 livres.
[53] Voir pièces justificatives V.
[54] Ces deux « torrents impétueux » sont Riounier et Camandre. Il fallait les passer à gué. Ce n’était pas toujours facile en hiver.
[55] Louis XVIII.
[56] Ce plan se trouve dans les archives de Fayence. Il s’agit ici de l’ancienne route qui passe au N-O de la route actuelle rectifiée. Quant au chemin de Roquebrune, aujourd’hui déclassé, il coupait la route de Draguignan à Grasse et, par les Suanes, il atteignait les bords de l’Endre : il prenait ensuite en aval la rive droite du ruisseau de Fontconille.
[57] Archiv. Comm. De Fayence, 5ème registre des délibérations (années 1820 à 1824).
[58] Le Conseil Municipal comptait trois anciens émigrés : Pierre Marre, le Marquis de Grimaldy-Régusse et Sylvain de Ferry (bul. De la Société d’Etudes Scientifiques et Archéologiques de Draguignan. L’émigration dans le Var, L. Honoré, Tome XXXIV. P.180 & 296).
[59] L’adjoint Pierre Marre et les conseillers présents prononcèrent à tour de rôle la formule du serment.
[60] Arch. Comm. De St.Paul-en-Forêt : 1er registre des séances (une cérémonie semblable eut lieu le 2 mai 1824 au sujet des trois membres absents).
[61] Voici, à titre de curiosité, la copie du brevet de capacité pour l’enseignement primaire décerné à l’instituteur Robert :

« Nous, recteur de l’académie d’Aix, sur le rapport qui nous a été fait par Monsieur le Principal du collège de Grasse, chargé de l’examen des individus qui se destinent à l’enseignement primaire, portant que le sieur Robert Auguste-Marcellin, né le 31 décembre 1801, à Fayence, département du Var a été examiné sur la lecture, l’écriture, le calcul ainsi que sur les procédés de leur enseignement et qu’il a fait preuve de la capacité requise pour exercer les fonctions d’instituteur primaire du troisième degré :

après nous être également assuré qu’il possède une connaissance suffisante des principes et des dogmes de la religion :

Vu les certificats de bonne vie et mœurs produits par ledit Sr. Robert, lui avons accordé le présent brevet, qui lui est nécessaire pour être appelé aux dites fonctions aux termes de l’art. XI de l’ordonnance du Roi du 9 février 1816 ». Suivent les signatures du recteur Mourre, du secrétaire de l’académie d’Aix Félix, et du maire de St.Paul-en-Forêt Queilar.
[62] Il faudra attendre l’année 1862 pour que le Préfet, par son arrêté du 25 novembre, nomme, sur la demande du conseil municipal. M. Roustan Martial étant maire, une institutrice à Saint-Paul. La commune assurait à l’institutrice un traitement de 500Fr. par an et un logement convenable (séance du C.M., novembre 1862).
[63] Il n’y avait alors à Saint-Paul pour marquer l’heure qu’un cadran solaire sur la façade de l’église avec cette inscription : Vita sicut umbra fugit. Ce cadran vient d’être malheureusement badigeonné en 1929.
[64] Qu’il soit bien entendu une fois pour toutes que nous respectons l’orthographe des textes que nous reproduisons.
[65] Arch. Comm. de St.Paul-en-Forêt (1er registre des délibérations).
[66] Le clocher se terminait par une pyramide qui fut abattue pour asseoir la cage de fer que porte la cloche. Les travaux de maçonnerie furent exécutés par Manuel, maçon à Callian, au prix de 175,38Fr.
[67] Arch. Comm. de St.Paul-en-Forêt (1er registre des délibérations).
[68] Fabre Louis avait été officier dans les armées impériales.
[69] Le vieux cimetière fut démoli (1865-1866 ?).
[70] Nous arrêtons ici l’exposition des faits subséquents. Il faut un peu plus de recul pour parler des événements publics avec toute la sérénité qui convient.
[71] Bagnos pour Bagnols
[72] Tout ce qui a trait aux dissentiments ente les deux villages a été relevé dans les archives communales de Saint-Paul : cahier de correspondance D.
[73] Voir pièces justificatives VII VIII.


Route de Bagnols 3
Hôtel Simon